Le sentiment du paysage

(Pauline)

Nous explorons le Castelo da Pena, plus précisément nous nous promenons dans les appartements de la reine Au loin, par une fenêtre on voit se dessiner des collines boisées de conifères, des pins, des cèdres, au milieu desquels perce un rocher, sur lequel s’élève un soldat en bronze. En contrebas, des maisons se regroupent en petites villes dans la vallée, et en petits villages sur la côte. Au fond la mer bleu rejoint un ciel bleu éclatant.
C’est beau, dis-je, avant d’y avoir trop pensé. Et au moment même où je prononce ces mots, ils se détachent, incertains, de moi, pas bien sûrs d’être sincères… J’ai comme l’impression d’avoir cédé à l’automatisme du touriste. Je ne ressens rien de particulier en fait qui mérite cette exclamation à ce moment là. Ce paysage ne me paraît pas particulièrement beau. Ni laid évidemment.

Et en même temps que cette vague impression, sur laquelle je ne me serais sûrement pas arrêtée sinon, se présente une autre question : et la reine Maria II, assise à ce bureau en chêne dont monte une lourde odeur de cire, derrière le cordon jaune, la reine, quand elle voyait ce paysage – un autre , des forêts certainement plus étendues, plus de champs sûrement, moins de routes, des chaumières qui fumaient en cette saison plutôt que ces toits rouges- la reine, donc, l’idée que son château pourrait avoir une « belle vue » lui a-t-elle jamais traversé l’idée ? S’attendait elle seulement à ce qu’un paysage puisse être beau ?

La fenêtre par laquelle j’aperçois ce paysage lui donne un cadre, et me donne la vision de cette nature habitée comme un tableau, une composition s’offrant à mon appréciation esthétique. Je suis venue, qui plus est, sur un site touristique, reconnu patrimoine de l’humanité. Un parcours a été aménagé pour me faire voir ces lieux, des points de vue s’offrent à moi : il y a donc objet d’admiration. Et comme nous sommes venus pour être heureux et pour admirer, nous admettons qu’il y a là « paysage » et nous nous prêtons facilement au jeu.

Mais depuis quand trouvons-nous qu’un assemblage comme celui qui s’étend sous mes yeux peut-être beau ? Y a -t-il une sensibilité, une émotion spontanée dans cette appréciation ? Ou le sentiment du paysage est-il appris ?
Quand les forêts ont-elles cessé d’être simplement des espaces inquiétants ou dangereux, les montagnes des obstacles, la mer un élément à dompter et à respecter et depuis la côte : le synonyme de vent, embruns et froid dont les maisons devaient se prémunir en lui tournant le dos. Quand ces éléments naturels ont cessé d’être uniquement un « milieu » dont nous devons faire usage pour s’offrir à la contemplation ?
Je revois ces représentations de paysages du 17è , et ne me reviennent que des paysages allégoriques ou symboliques. Ou toile de fond à un portrait. Le paysage n’était-il jamais autre chose qu’un décor jusqu’au 19ème siècle ? Pouvait-il être apprécié en soi ?

La peur des peuples premiers face à l’immense montagne ou à la mer soudainement démontée, la crainte des forêts profondes, les cultes qui en font des espaces sacrés, on les imagine facilement. On peut comprendre sans grande difficulté l’animisme, le chamanisme, un symbolisme ancré dans la nature plus que dans le verbe…
Mais quand et comment ce sentiment du sublime s’est-il converti en « beau » , voire en « joli » …? Ne s’agit-il que d’un¨principe d’édulcoration émotionnelle tout moderne ? (les passions passent de tourments phèdriens à la moto et au vélo etc…)

Une réponse simple se propose : quand nos maisons ont pu être isolées des éléments, quand les routes ne nous ont plus mis aux prises avec les bandits de grands chemins auxquels les bois offraient des cachettes trop aisées, quand elles ont permis de contourner les montagnes ? (je pense à ce fascinant western d’André de Toth,The Day of the Outlaw où le paysage n’est plus la poussière des états de l’Ouest, mais le Wyoming enneigé, et ces montagnes dans lesquels le héros va perdre les bandits : le paysage noir et blanc, neige est littéralement hypnotisant, mais le paysage reprend ses droits de « lieu » : il est espace dans lequel il faut tracer une route, contrainte… Il n’est pas offert. De même, la route de la soie que le trekker aperçoit dans l’Himalaya lui fait penser que cet environnement était sûrement bien autre chose qu’un « paysage » : mais une route, un difficile « à travers » ). Pour devenir paysage l’espace doit perdre en partie sa valeur d’usage, c’est sûr. Tout en en garant le souvenir peut-être.
Le « paysage » est peut-être apparu quand la ville s’est hyper-développée et qu’elle a oublié la recherche de beauté au profit de l’usuel, quand la nature a reculé loin loin des villes, quand l’artisanat et les modes de production traditionnels sont devenus tellement marginaux qu’ils sont devenus pittoresques, porteurs d’une nostalgie qui nous habite tous, et qui doit trouver ses objets au dehors : le vieux lavoir, le moulin qui ne tourne plus… Souvenirs de temps que pour la plupart nous n’avons pas connus, mais qui nous renvoie quand même à ce que nous « aimions », à cette forme particulière d’amour qui ne se conjugue qu’au passé, à ce qui est toujours déjà perdu.

Admirer un paysage ne nous semble pourtant pas toujours « appris ». Les résonances en sont parfois si profonds en nous, qu’il nous semble qu’il doit s’agir là d’un objet d’amour fondamental. Et non d’une métonymie de plus.
Il est des paysages auxquels je suis infiniment sensible, qui m’émeuvent profondément, infiniment, pourrais-je dire. Les marais charentais par exemple, et leurs innombrables et douces nuances de vert, piqué du jaune vif des mimosas, l’eau immobile qui reflète les nuages, et oui, quelques vaches blanches et paisibles, des meules de foin jaune foncé, un moulin arrêté, un petit phare qui ne sert plus… Cela sûrement doit être appris, mais ça y est, ça fait partie de moi. C’est un paysage qui est devenu signifiant, qui dit signifie douceur, accueil, rappelle des origines.

Pour arriver au Castelo da Pena, nous avons gravi une colline parmi les séquoias et les cèdres, quelques camélias parfois. La lumière jouaient sur les rochers, entre les grandes branches et les cimes vertes.. . Les hautes murailles crénelées du Castelo dos Mouros se découpaient dans le ciel au-dessus de nous, et la majesté, la beauté de cet édifice qui suivait la crête de la colline, était incontestable.

Certes nous étions dans la forêt mais il s’agissait bien d’un sentiment du paysage, distinct de celui de la nature. Parce que le « paysage » mélange espaces naturels et de terres cultivées ou artificialisées, peut-être. Mais plus encore parce qu’il un certain regard, un regard « tableau » qui nous positionne à l’extérieur: le paysage implique d’être au-dehors.

Notre jugement esthétique portant sur l’architecture, remonte très certainement à plus loin,
même si en voyant ce Castelo do Pena aux assemblages de façades colorées qui semble un allègre bric à brac, un peu mauresque, un peu médiéval, un peu baroque, un peu Louis de Bavière (et j’en passe…), on pourrait penser que cette construction en tout cas a moins obéi à un souci d’harmonie ou de beauté que de témoignage ou signification (grandeur, propriété …)
Mais son site a t il été pensé autrement qu’en tant que position stratégique défensive, était-il en haut de cette colline pour l’orner ou seulement pour voir arriver les ennemis ?

L’idée que bâtiments et nature s’harmonisent , et plus largement que la nature puisse être là pour notre agrément, pour le plaisir de nos yeux est-elle si lointaine ? L’idée que l’on aménage le territoire avec des considérations esthétiques pour un spectateur extérieur et lointain, ( et non pour ceux qui vivent là), l’idée de voir de la beauté dans la façon dont sont réparties les maisons, dans la variété, le mélange des éléments…quand nous est-elle venue ?
On pense concernant le sentiment de la nature au romantisme, à cette nature refuge et reflet de notre âme constamment exaltée au moins depuis Rousseau. (Et le paysage la suit : Votre âme est un paysage choisi…). Mais sûrement faudrait-il y regarder de plus près.

Nous et l’espace qui nous entoure, l’espace qui nous correspond ,ou au contraire nous fait sentir que nous sommes en désaccord… Ne faut-il pas lui donner un autre nom que « paysage » cet espace qui nous enveloppe, nous fait exister dans un présent, nous permet de nous incarner complètement. La ville par exemple qui correspond à notre rythme d’âme, la ville ni trop lente ni trop bousculante, qui par la magie d’une rencontre, nous fait sentir tout à fait nous-mêmes. Lisbonne en l’occurrence
Quelques heures auparavant nous prenons un déjeuner sur une terrasse lisboète ensoleillée. Les azulejos scintillent au soleil comme des écailles de poisson , les pavés étincellent, l’air circule dans la Rua Augusta, happé par l’ample Tage argenté qui prend le soleil de l’autre côté de la Praça do Comercio. On est dans cette ville comme avec quelqu’un. On déguste des sardines grillés et du vin blanc sous un soleil de mai en février. Tous les sens sont heureux, il fait si bon vivre. C’est autre chose qu’un pur sentiment esthétique, ou du moins visuel, comme on l’entend communément du paysage, du sentiment de paysage. Certes la ville offre ses « points de vue» , mais on est au-dedans et on s’en extrait avec effort. On a déjà dépassé le sentiment de paysage. On vit avec elle et par elle.

Publicités
Publié dans Paris | Laisser un commentaire

Pourquoi je ne mange plus de pommes à Buenos Aires?

La pomme,
Celle à qui j’étais tant fidèle
Je l’avais abandonné  
Ces derniers temps
 
Je l’ai croisé à la verduleria du barrio
Je me suis laissé séduire par sa peau douce,
Ses apparences éclatantes,
M’ont fait craquer sans aucun doute
 
J’avais à l’esprit de beaux souvenirs
De cette sensation de fraîcheur
Idéal pour le genre de plaisir
Que l’on s’accorde en ces journées de chaleur
 
Je l’ai croqué à pleine dent,
Pour ressentir cette impression
De biser la glace
Entendre ses bruits en décomposition.
 
Elle avait tout dans l’apparence
Mais elle m’a encore piégé
Une frustration immense
Qu’on ne prend pas goût à la manger
 
C’était l’occasion pour moi
De me poser une question.
D’y répondre par une expérience
Qui m’a encore donné raison.
 
Momo.
 
Publié dans Buenos Aires | Laisser un commentaire

Balades

On s’est promené dans Buenos Aires,
Les airs sont bons à Buenos Aires.
On s’est perdu dans les ruelles
À la recherche de l’inconnu.

Ces rues parallèles,
Où l’on s’aventure à nu
Cachent de belles surprises
Pour les coeurs ouverts sans retenues.

Le calme, puis soudain la foule
Donnent du charme à son visage
On n’est pas à l’abri des klaxons,
Des taxis fous ou des chiens en rage.

Les marchands de glaces
Présents à chaque coin de rue
L’esquina du bonheur
Pour ces enfants qui dorment en nous.

On s’est promené dans Buenos Aires
Il a fait chaud mais malgré tout
On a réchauffé nos âmes,
Enterré le « Je »
Pour le bien-être du « Nous ».

Momo.

Publié dans Buenos Aires | Laisser un commentaire

J’suis snob (Résolution 201.2)

A Tintin cartoon of the day. Don’t forget to enter this week’s caption contest: http://nyr.kr/r46had

The New-Yorker, January, 2012

(Pauline)

Après plus de trois décennies passées en sa propre compagnie on se connaît quand même un peu mieux. On apprend à se manier -soi-même je veux dire-, à ne pas trop se froisser ni se heurter… Moi, par exemple, je me connais un certain esprit de contradiction. J’évite donc depuis longtemps de prendre des résolutions qui auront fatalement un résultat exactement opposé à celui pourtant sincèrement voulu un 1er janvier à la langue chargée et au foie bétaïné: se mettre au régime, arrêter de fumer, dormir avant minuit en semaine, enrayer une addiction galopante aux séries US… Toute chose qui sitôt décrétées conduiront bien vite à un inéluctable retour de manivelle (double raclette + achat de trois cartouches de JPS sur internet, le tout consommé devant 3heures de séries – un grand cocktail streaming Desperate+Breaking Bad +Weeds…un lundi soir).
Non, ça ne marche pas comme ça. Il ne faut pas provoquer le désir de sa présomptueuse volonté … On sait bien qui va gagner la partie (pour ma part en tout cas, ça ne fait pas de doute). Non… le désir, il faut le balader, l’emmener ailleurs, lui faire voir du paysage, lui changer les idées, lui donner autre chose à se mettre sous les dents, mine de rien … Bref, plutôt que de jouer au plus fort avec lui, on peut faire les choses en douceur (« Tiens regarde, je nous emmène dans l’Himalaya.. comme c’est beau hein.. ah, oui, là, c’est dur de fumer..mince alors… oh, bah on pourra reprendre plus tard, hein… »)
C’est donc le problème des fameuses résolutions qu’on claironne avec provocation en se frappant le torse des deux poings, et qu’on voue du coup fatalement, ou presque, à l’échec.

Pourtant, en de rares et bénis moments, volonté et désir parviennent à ne pas entrer dans un choc frontal, voire s’accordent en un bel unisson. C’est à ce moment que peut surgir la, rare mais, véritable résolution… Et cette nouvelle année, j’ai la chance d’une avoir une, qui s’est présentée avec l’évidence spontanée et assurée des résolutions qui se savent elles destinées à un bel accomplissement : en 2012 , snob je serai.

Tout est parti d’une envie princeps à la suite d’un cadeau bien trouvé : m’abonner au New Yorker… et le commentaire qui s’est imposé dans la foulée de la part de cette petite voix ironique qui voue à l’autodérision perpétuelle : c’est super snob, quand même.
Bien.. mais une fois le dit désir reconnu puis assumé (bah oui, tiens, j’ai envie d’être snob) , encore restait-il à le dérouler en une série de résolutions stratégiques aptes à m’assurer un succès absolu dans le snobisme.

N°1 donc : Je m’abonnerai à un journal américain

S’abonner est primordial bien sûr. Je pourrai bien entendu aller l’acheter au Village Voice quand ça me chante, mais l’effet ne serait pas le même : avec l’abonnement vient la notion nécessaire d’une absence totale d’effort. Votre (on note le possessif que permet la souscription… d’ailleurs on dit souscription : oh pardon, un anglicisme…une confusion… l’habitude de lire en anglais) votre journal donc, vous parvient, à la limite contre votre gré. Vous l’aviez oublié d’ailleurs, tiens !
Imaginez vous : un New-Yorker toutes les semaines… Vous n’avez même pas le temps de le lire, vous le laissez traîner sur le bureau, et, en habitué écrasé sous l’abondance, -les sollicitations, n’ayons pas peur des mots – vous pouvez même vous permettre éventuellement de décliner un numéro et d’en faire négligemment cadeau à un collègue (j’ai parcouru l’article de Margarte Talbo mais je n’ai vraiment pas le temps de le lire cette semaine… je te le laisse si tu veux…)..
Seul l’état d’abonné permet de faire preuve de ce détachement et de cette insouciance, qualités toutes essentielles au snobisme. Attitude difficile à adopter quand on a fait un détour par the Village Voice (pas Shakespeare & Company, hein? : on ne se mélange pas avec les back-packers du feu Georges… Et puis tout le monde aime Shakespeare & Cie : forcément, c’est dégoûtant .. Mieux vaut encore aller à l’aseptisé WH Smith de Rivoli) expressément pour payer 7,5euros son New-Yorker.
Non, c’est le monde qui vient à vous. Eventuellement vous lui ouvrez…

Quel journal maintenant ? Certes, j’aime bien lire Harpers, mais The New Yorker en termes d’images, me paraît le choix plus approprié dans un univers parisien. Suffisamment connu – traditionnel et irrévérent à la fois, pas nouveau-riche, les dessins.. – et en même temps pas si répandu. C’est une valeur sûre..

Aussitôt cependant, le doute m’étreint : « mais à NY, lire le New-Yorker n’a rien de snob », c’est une institution, c’est signer son appartenance à la frange la plus large des intellos moyens. C’est commun.
Ce qui est bien sûr très embêtant. On ne voudrait certainement pas ressembler à un de ces Américains qui s’imaginent au comble du raffinement sélect en dégustant un St Emilion à St Germain…
Alternative : The Believer par exemple ? – moindre tirage, plus jeune, San Francisco… Bon, certes, je ne comprends pas tout, mais vraiment ce n’est pas la question. Au contraire.
Le vrai problème c’est que The Believer à Paris est trop peu connu pour constituer un trait snob adéquat. Ça ne résonne pas. Ça risque d’avoir l’air spécialisé…hors radar. L’effet est perdu…
Damned.

N°2 : Je ne boirai plus que du whisky des Iles d’Arran
(je garderai le Glen Grant 1949 pour les grandes occasions)

On ne peut jamais être tout à fait sûre de ne pas faire peuple avec un cocktail, c’est un fait. Jamais être sûre d’être complètement affranchie de ses origines banlieusardes. Après tout, que buvions nous au soirées mousse de l’Acropole (et oui…), sinon des Cosmo ? Et c’était le comble de la distinction. Je sais, je sais, ce n’est pas pareil… Mais le risque persiste.
Ok, on fait une exception pour les cocktails Martini du Murano… (Faudrait pas que ça devienne l’enfer non plus). Mais question image, il va falloir tabler sur autre chose.

Le whisky – le cher bien entendu, que personne ne mentionne l’horrible « Jack »- sans parler d un quelconque soda à y mêler – me paraît tout indiqué.

J’avais pensé me lancer dans les dégustations de vin en septembre. Des tas de petites caves parisiennes, qui spécialisées dans les blancs, qui dans les Bourgognes, me tendaient leurs petits verres… ça parlait jambes, vivacité en bouche, arômes primaires et secondaires, ça mirait, humait, lampait… ça se prenait au sérieux. J’avais comparé un Côteau du Layon à un vin de paille du Jura. On m’avait répondu, d’un air aussi gentil que possible – mais embarassé : «  Oooui… Vu d’avion, disons…on pourrait dire que ça se ressemble.»
Bref, ça avait l’air suffisamment snob.
Et pourtant, je n’étais pas tout à fait convaincue. Une affaire de lexique peut-être.. ou un imaginaire.

Les mots du whisky me paraissent bien plus chics finalement. Beaux d’abord, mais laissons ces considérations honnêtes de côté, ce n’est pas le sujet. Ce serait un vocabulaire élégant parce que moins précieux que celui du vin, peut-être. Il sait opérer ce subtil mélange entre les forces telluriques profondes, les éléments essentiels, et le raffinement. Les arômes de sherry et les notes miellées se mêlent à la tourbe et au varech… On est on est entre les cow-boys et un bureau de détective à la Chandler, au milieu du vent des îles et dans la grande littérature.

Et puis les stages de dégustation oenologique se vendent en coffret smart box maintenant. ….. Faut pas déconner.

N°3 : Je vais passer au téléphone élégant

J’entends par là de ces téléphones dont on effleure délicatement l’écran d’un doigt noble (le pouce est pratique et donc grossier il s’entend, l’index, pointé est certes mal poli, mais reste tout de même nettement plus distingué). Du doigt, que dis-je ? D’un bout de doigt léger, en un swoosh tout nikéen (ça c’est class quand même, la petite virgule de l’extrémité de l’index pour passer à la page d’après…). Un index léger donc, habillé d’une mitaine en pashmina et cuir d’autruche que votre interlocuteur ne manque de noter au passage (alors que lorsque vous pressez compulsivement des touches de votre gros gras de pouce, bah les mitaines sont perdues…)

J’entends déjà qu’on se gausse : un téléphone à écran tactile, le snobisme ? Je viens de loin.

Alors évidemment, j’entends bien… un certain snobisme consisterait à ne surtout pas s’acheter un I-phone 4S (manquerait plus que d’y ajouter un forfait Free, tiens ….). Mais il faut être honnête, rester avec son Nokia à l’ère de l’accessorisation absolue, ça ne convient pas non plus.

Solution : passer au smartphone, mais ne l’utiliser que pour l’application « Nothing ». La version payante bien sûr (si si elle existe… gratuite ou payante, elle pourvoit le même service : Nothing)

N°4 : Je ne déclinerai plus mon identité professionnelle en société

Il y a des métiers glamour et d’autres non, c’est ainsi. Quand même vos étudiants vous disent : « Mais madame, vous n’êtes QUE prof ?.. Vous faites rien d’autre?… ».. il faut vous rendre à l’évidence : prof is not chic.
Quand on n’y peut vraiment rien et en entendant de changer éventuellement le cours de votre vie sociale, reste donc à inventer.
L’essence même du snobisme est de jouer un rôle que l’on a choisi dans la comédie humaine, de se construire un beau personnage qu’on remarque – quelque en soient les raisons.
Reste à trouver ce qu’il faut dire pour se retrouver à la place convoitée  : mettre en avant une activité pratiquée en mineur, type traduction ? Ou mentir effrontément (ça fait moins gagne-petit), ce qui évidemment peut conduire à certaines difficultés pratiques : « Je suis réalisatrice d’une émission culturelle à la radio, ça s’appelle « L’art non abordable »…. En s’exposant au risque que surviennent des questions vulgaires (« Quelle radio ?… Comment ça se fait que je ne connaisse pas ? » … )…

Reste donc l’option silence supérieur. C’est la question même « Que fais-tu dans la vie ? » qui doit apparaître d’elle même comme le comble de la vulgarité. Tout étant dans la texture du silence adopté bien sûr . Plein d’assurance et de condescendance tranquilles, assorti d’un sourire un peu désolé (pour l’auteur de la question j’entends). Ça se travaille.

Au passage j’en profite pour changer de nom : ….  Lily ?… Margot ?… Jude ?…

– N° 5 : Reste à travailler bien entendu la partie vêtements et accessoires. On ne peut pas toujours se fournir chez Dior, d’une part. Et le petit créateur est une terre boboïsée à l’extrême (il faut bien avoir conscience que le bobo, bien plus que le peuple, est l’ennemi juré du snob ,car, alors que le snob peut se permettre d’être vulgaire par exemple, tape à l’oeil, il y a une chose qu’il fuit par dessus tout, celle qui semble constituer la plus grande aspiration du bobo : paraître commun).
D’autre part le monde des accessoires est plein de pièges – le fume cigarettes est-il encore class ou tout à fait has been par exemple? Il y a bien des petites touches qui ne peuvent pas -encore- mal tomber. Les cigarettes, par exemple. Des Dunhill au minimum. Qu’on se fait rapporter d’Italie, avec un petit bandeau : « Fumare dannegia la salute ». C’est toujours mieux qu’en français. Mais les trappes sont nombreuses.

Même casse-tête pour les activités (Le Pilates est sûrement dépassé?) et les lieux, qui demandent évidemment un up-dating perpétuel, et une vigilance digne d’un trader devant les courbes de bourse. (S’il y a encore pire pour le snob que de s’habiller dans un magasin à Bobos, c’est de fréquenter un lieu que ceux-ci commencent à envahir).
Il est hors de question de devenir la Verdurin de l’histoire. Mais on n’est pas Oriane si facilement.

(Le personnage de Karl Lagerfeld est une étoile du berger en la matière. Je ne sais plus si c’est le « vrai » personnage -je veux dire celui qu’il s’est lui-même construit-, ou si c’est celui des Guignols (mais la différence est minime parfois), qui s’étonnait moins des sorties antisémites de Galliano que de ce qu’il passe ses soirées à la Perle, un de ces bars du Marais aux cacahuètes moites, fréquentés par le tout Paris. )

Le problème bien sûr c’est de bien déterminer ce qui est authentiquement snob. Par exemple, là j’écris depuis le Mondrian, bd St Germain, trois dames parlent achat d’un appartement, deux arborent un look de bonnes sœurs, toutes les trois parlent sans humour, ni distance et engluées dans des considérations matérielles ras de terre. Derrière j’entends une femme d’âge mûr s’exprimer dans un anglais au lourd accent français, c’est un rendez-vous pour échange de conversation.
Je suis à St Germain, mais il semble bien que je sois loin d’être dans un lieu snob. La ternitude des unes, le caractère laborieux, efforcé des autres, nous éloignent de façon catégorique de la fluidité recherche par le snob ne devenir, qui doit, tel un cygne superbe, glisser supérieurement, sans effort ni étonnement, mais légèrement accablé d’un doux ennui, sur l’étang lisse de la vie sociale.

C’est d’ailleurs pourquoi il n’est même pas méprisant, tout au plus montre-t-il un léger dédain. Le snob assume pleinement sa supériorité (elle relève d’une décision de toute façon) et n’adopte que de temps à autre un regard plus désolé que condescendant sur ces petits autres avec lesquels il est parfois condamné à partager un peu de vie. Encore une chose qui le différencie du bobo dont la bien pensance affichée se décline en fausses prétentions démocrates et altruistes (je sais qu’il n’est plus du tout de bon goût de critiquer ou même d’évoquer cette catégorie, mais c’est à des fins définitoires).
Le snob ne prétend pas aimer son prochain (c’est d’ailleurs bien cela qui le rend plus fréquentable qu’il n’y paraît.) Il essaie à tout prix de s’en démarquer pour commencer (il se fiche d’être vulgaire, mais il ne sera jamais commun, rappelons-le) Et plus le trait narcissique qui le démarque est bien trouvé, plus il est jouissif à voir.

Tout ça est bien beau… mais reste…. reste… que j’écoute quand même la pop la plus honteuse qui soit, quand ce n’est pas de la vieille folk…et que je serai bien en mal de me passer de mes jeans boot-cut et de mes cozy bottes le week-end…  Sans parler de mon irrépressible propension à traîner dans les bars des vieux hôtels à la journée et au mois du 19è, où des gars restent devant leur cafés à 1.30 les yeux dans le vague pendant des heures, avec un sac ED à leur côtés (antisnobisme par excellence, dangereux penchant bobo tout au plus). Sans parler de mon goût irrépressible pour les gnocchis… au beurre…

Va falloir faire des choix…

Bon… je vais peut-être être snob un jour sur deux…

Publié dans Paris | Laisser un commentaire

Béatitude de la vie

André grignotait un bol de fourmis.

André fumait de l’herbe et parfois vidait quelques verres bien secs, comme un polonais ! Lui il disait que c’était à cause de ces genoux qui flanchaient depuis la guerre civile espagnol durant laquelle il était résistant. Mais parfois André était tellement saoul que c’était sa petite fille Céphise qui le ramenait au bercail. Quoi que depuis que Monsieur avait décidé de s’offrir une « Parenthèse » pour essayer de s’en sortir, c’était son fils David qui l’hébergeait. Or il se disait au village que le Dédé il dormait sur des cartons dans une pièce de la cave qui ressemblait à un conteneur car paraît il qu’il lisait jusqu’à point d’heure ce vieil insomniaque en empêchant les autres de glisser dans le sommeil obscur. Le pauvre David avait une bien jolie et bien gentille petite fille que l’on appelait la « Niña Bonita » et qu’il élevait seul car l’amour n’avait jamais vraiment réussie à ce grand optimiste qui croyait toujours au retour de Lima, la femme de sa vie, et répétait sans cesse : J’aime Lima !

André grignotait des fourmis. Sa main gauche caressait son genou. Il était trois heures, quarante quatre minutes et vingt sept secondes exactement et moi je lui soufflais dans l’oreille gauche…

[Cette partie du texte à été supprimé par les éditions Julieta lors de la première publication du texte à Clermont-Ferrand en 1972]

… lorsque le téléphone sonna. C’était mon ami Jorge qui m’appelait pour me parler du phénomène Lindsay, cette jeune française qui était en train de faire imploser le monde de la littérature avec ses vers en Franglish et sa première publication Oups ! En raccrochant j’ai cherché Lindsay sur facebook et je l’ai ajouté à mes amis. En attendant sa réponse j’ai pris 2 grammes d’aspirine et j’ai dormi.

Je ne voulais plus lire, plus souffrir, plus écrire, ne plus payer mes traites, et vivre comme un noble ruiné entre les ruines de mon intelligence.

NiKo

Publié dans Clermont-Ferrand | Laisser un commentaire

Ma vie un tango

C’est le tango de l’égo
La rime de la frime
Mon cœur écrasé tel un mégot
Comme je t’aime Argentine

C’est le tango de la joie
Comme la première fois que je t’ai vu
Qui s’est transformé en tristesse
Depuis qu’on s’est perdu de vue

C’est le tango de l’ivresse
Qui coule dans mes veines
Avec ce qu’il faut d’insouciance
Et des litres de Quilmes

C’est le tango de l’espoir
La confiance en l’avenir
Un sentiment qui me laisse croire
Qu’il y a de belles choses à venir

 
Le temps avance malgré tout
Suit son rythme musical
Tourne, tourne et  joue des tours
Comme cette fille triste à l’abord jovial
 
Souffrir pour mieux guérir
Le temps d’une chanson
Ces expériences, comme des livres
Que l’on entasse  à la maison    
 
Irrésistible
Comme le regard de cette femme,
Que je prends sous mon aile
Pour faire briller la flamme,
De quelques pas intenses
Aux allures sensuelles

 Momo

 

Publié dans Buenos Aires | 1 commentaire

Les fêtes

Pauline

Bah voilà, c’est fini… Bientôt les illuminations de Paris vont s’éteindre. La vie reprend. L’épreuve de fêtes est passée. On s’en est finalement sortis tant bien que mal. Ouf… Comme je n’ai pas fait mon boulot de chroniqueuse parisienne pendant les vacances, il fallait quand même que j’en dise quelque chose…

D’autant que c’est vrai que Paris a un petit côté conte de fées fin décembre. Même parisiens, on ne peut pas toujours être complètement blasés. Il y a le merveilleux des décorations de Noël dans certains quartiers. Le mien est habillé depuis un mois tout en bleu et argent. Des flocons lumineux géants, des cascades et des guirlandes bleu vif, des dais argentés qui courent le long de la rue, des lumières qui scintillent ou qui tombent comme des étoiles filantes (c’est de la neige ai-je finalement compris), des petites boules de lumière qui tremblent dans les arbres sous le vent… C’est magique.

Les cafés se revêtent de loupiotes clignotantes et peignent sur leurs vitres des couronnes de houx et des sapins. On sert du vin chaud. Et on entend entre les bruits de percolateur Sinatra qui chante « In other words please be true, in others words I …. love…. you »…. . Alors on y croit, on retrouve la douceur, un temps connu, de Noël.

Rue des Archives, dans le Marais, un groupe de musiciens joue du Sidney Bechet. Je les retrouve quelques jours plus tard, rue St André des Arts, toujours encerclé du nuée d’ Iphones qui cliquent-cliquent. Ils ont une moyenne d’âge de 70 ans et leur danseuse, dufflecoat vert et petit chapeau cloche en feutre, a certainement passé les 80 et se balance d’une jambe sur l’autre au son de Stormy weather, qu’elle danse par moments avec un cavalier invisible. On devine la fluidité d’antan dans les mouvements maintenant un peu saccadés par l’arthrose, le rhumatismes… à une certaine audace peut-être. Comme une petite bulle de temps passé qui vient flotter sur cette rue.

Dans les quartiers moins chics, il y a les lumières légères et gaies qui se balancent, colorées, aux rambardes de certains balcons. Il y a aussi c’est vrai les fenêtres aux décorations baroquisantes parfois un peu creepy, croulant sous les traîneaux lumineux, lutins, rennes, lapins (on parle de 2 mètres carrés de surface) et ces inquiétants père Noël cambrioleurs évidés, suppliciés selon la coutume – écartelés, pendus, accrochés par un bras, aux barreaux des balcons et rebords de fenêtres- cambrioleurs cryogénisés en pleine action, animateur de soirée accidentés ou à qui l’on a oublié d’ouvrir la fenêtre…

Bon, d’accord… ce n’est pas toujours réussi, la déco… comme les fêtes… Mais on essaie. Ça c’est sûr. On y croit un peu. On continue de vouloir en faire un moment réussi.

A Paris les touristes y aident. On sursaute aux grands cris suraigus de jeunes Américaines qui s’extasient devant Pompidou (à moins qu’elles ne viennent seulement de trouver la bouche de métro…). On observe ces familles venues s’ébahir devant les éclairages de soucoupes volantes des Champs illuminés et les vitrines grand spectacle du Bd Haussman. On se sent un peu en vacances sans partir. On partage un peu de leur éblouissement, de leur surprise toute fraîche.

Le temps passe différemment entre Noël et le Nouvel An. Il fait beau et les terrasses à peine chauffée abondent en touristes et Parisiens à la vie un peu ralentie pour une fois : les deux espèces se rencontrent parfois. Ici, en face du centre Pompidou, on assiste à la rencontre entre un Schnauzer allemand et un Labrador noir parisien qui s’appellent par des gémissements désespérés et d’intenses ondulations contenues. Les Allemands sont venus voir leur fils, installé à Paris. Il passe les saluer avec sa fiancée française. Le père, en train de lire son journal, un bras autour de la chaise d’à côté, a l’air chez lui…. Il a déjà pris quelques habitudes sûrement. Ce café peut-être, son kiosque à journaux où il achète son Der Spiegel… Il a l’aisance particulière des gens qui sont ici sans en être tout à fait. Ni abattu pas le quotidien, ni coincé par l’inconnu.

Il y a beaucoup de ces touristes d’un autre genre pendant les fêtes. Ceux-là sont assis autour d’un petit déjeuner parisien, avec tartines et confitures maison dans un café de Bastille. Ils sont anglais. Les parents et leur fille d’une petite trentaine d’années, enceinte et – comme il se doit- rayonnante. La fille, qui vit apparemment ici, feuillette l’Officiel des spectacles. La mère est plongée dans un fascicule de la Mairie de Paris en anglais, illuminations des champs en couverture. Le père examine minutieusement un plan du centre de Paris sponsorisé par Meteoconsult, les galeries Lafayette et les valises Delsey.
Ils disent avec un accent « Duroc ?… » en cherchant d’un doigt hésitant sur la carte… « Centrle Pompidou ?… »

Derrière eux le néon rouge suit la ligne du comptoir, les piliers de l’entrée sont habillés de petits miroirs aux impacts se multipliant au fur et à mesure qu’on arrive au bas du pilier, ce qui leur donnent une allure de miroir mâché.

De l’autre côté c’est un couple de province. Ils sont venus voir leur fille eux aussi. Ou du moins ils ont profité d’un atterrissage à Paris pour la voir avant de « redescendre ». Ils reviennent du Brésil avec des t-shirt et des jogging aux rayures couleurs du pays le long de la ligne de couture… Ils s’extasient sur la Capoeira. Ils ont bu de la Cacha… Cacha… Cacha quoi déjà ? » Ils viennent du soleil ça se sent à un caractère plus léger, moins dense, de la parole, plus encore qu’au teint -qu’ils ont bronzé il est vrai. Ils repartent bientôt apparemment. « Tu nous as toujours pas donne les adresses pour les bungalows en face la plage à Phuket ? »

Et puis, la vie des habitués des cafés continue. Telle qu’en elle-même rien ne la change. Juste un peu teintée par les fêtes. On parle dans une douce paresse de fermeture et réouverture, de ce qui est prêt ou non pour le Réveillon… On donne des nouvelles au téléphone de l’après Noël  et de son lot de retrouvailles familiales un peu bancales :
« Ca y est je viens de raccompagner ma mère… Impossible de lui faire prendre le taxi. Elle a voulu prendre le bus… Elle a marché dans le vomi… Ouais…. Mais bon… ça va.
Mmmm…Non…mm.
…Cette nuit, je me suis levée, je ne l’ai pas trouvé. Je suis allée à la salle de bains, j’ai allumé la lumière… elle était là , elle se brossait la joue avec la brosse à dents …».

De vieilles dames au bonnet en fourrure bordé de grosse laine, foulard à petites fleurs soigneusement noué autour du cou, imperméable beige et gilet blanc à mailles éponges, larges lunettes ovales cerclés or, viennent passer le temps dans les cafés d’après Noël aussi. Celle-ci attrape des pièces dans son porte monnaie de ses longs doigts frêles puis le repose dans un petit sac en cuir posé à côté d’elle sur la banquette, bien droit. Elle sirote dignement un petit kir en picorant quelques cacahouètes. On échange de timides sourires.

Un serveur vient la saluer :
« Aujourd’hui c’est dimanche ?… Ah non ? Ah, aujourd’hui c’est lundi… Alors vous étiez fermés hier…  J’aime bien venir ici parce que ça me rappelle de très heureux souvenirs.
« Vous veniez avec votre mari, vous m’expliquiez la dernière fois…
Ah oui , quand il n’y avait rien à la maison, alors on venait ici et puis on prenait un petit plat… Voilà… »

On passe le temps. Le temps des fêtes censé apporter toujours et facilement le bonheur…

Bien sûr que l’on sait que loin s’en faut. Elles apportent sûrement en réalité autant (plus?) de tensions et d’éclats – ou de terrible solitude- que de joie. Les uns se font des crises d’angoisse à l’idée de subir la pression familiale en devant faire bonne figure, d’autres souffrent terriblement de l’absence de cette même famille qui leur rendait la vie impossible. On sait bien que les retrouvailles et les festivités contraintes, de Noël au fameux 31 obligatoire, ne peuvent que rendre ces moments périlleux… Quelle joie apprêtée et tant attendue peut résister à une telle pression ? Quel jour peut vaillamment résister à la misère des micro-robes à paillettes sur talons compensés-aiguilles instables et des bandes de gars en chasse qui traînent dans les rues de Bastille ou autour de la gare du Nord ?…

C’est bien pour ça qu’on met en place des systèmes de défense plus ou moins élaborés. On concourt pour le Noël d’Or (le Noël le plus lose s’entend..) quand on sent au milieu d’une engueulade magistrale le 23 au soir qu’on s’est déjà assuré une place sur le podium… On rêve de rester à bouquiner dans son bain le 31 à minuit en éteignant son portable…On prend des résolutions crétines autour d’un café ( « moi j’arrête le sport », « bah moi je me remets à fumer »)…

Mais on n’y peut rien, il y a quelque chose en nous tout au fond, qui y croit encore, qui veut tout de même que ce soit beau. Spécialement beau.
Et puis, le temps suspendu des fêtes, de leurs tensions et leurs joies, passe… Et on revient, un peu soulagés, au temps régulier et laborieux, celui qui se déroule comme un tapis roulant de Châtelet les Halles. Et ça n’est pas si mal…

Une belle et heureuse année à tous, pleines de surprises et de joie ! C’est maintenant que ça commence…

Publié dans Paris | Laisser un commentaire